02 déc. 2011 | Livraison par Asconit de l'ébauche de stratégie régionale COI d'adaptation
Ce document a été élaboré lors de la 3e et dernière phase de la commande de la COI- Acclimate à Asconit-Pareto. Il couvre la période de février 2011 à septembre 2011, mais englobe l’ensemble des réflexions qui - depuis le début de la mission - ont abouti à une ébauche de stratégie régionale d’adaptation au changement climatique. Ci après un résumé exécutif de ce document. Le document dans sa totalité est téléchargeable en bas de page.
Sommaire
Difficultés de la stratégie | Justification de la stratégie | Principes et valeurs de la strategie | Les orientations de la stratégie regionale | Mettre en œuvre la stratégie | De la stratégie aux plans d’actions régionaux : feuille de route | Recommandations speciales
Lors des phases d’étude de la vulnérabilité-adaptation des territoires, il est apparu que la définition (et la mise en place) d’une stratégie se heurte à un certain nombre de difficultés « originelles ».
Une grande disparité des situations
Hétérogénéité géographique, disparité de niveau économique, différence d’approche des enjeux environnementaux : les problématiques se mélangent et compliquent le traitement de la question. Cette disparité se reflète dans l’appartenance des pays aux groupes régionaux et aux coalitions de négociations de la CCNUCC.
Des freins et des craintes vis-à-vis d’une stratégie régionale
Les priorités de développement ont du mal à intégrer l’adaptation et les effets du changement climatique dans le long terme. Les pays ont peu de visibilité sur l’existence, l’effectivité et les modalités de répartition des ressources destinées à l’atténuation et à l’adaptation. Ils n’agissent pas en synergie et ils ont construits des alliances avec des états qui ne font pas partie de l’espace COI ou sinon qui excluent les autres membres de la COI.
L’absence de sentiment régionaliste, d’une compréhension d’intérêts communs et partagés, sur le thème du CC
Les enjeux de la lutte contre le changement climatique divisent les pays, d’autant que l’exercice d’une stratégie régionale d’adaptation aura des difficultés à afficher rapidement des résultats concrets (l’échelle d’intervention est régionale) et qu’elle ne doit pas se substituer aux stratégies nationales. Il y a également absence de synergie entre les pays de la COI, en termes de développement économique ou d’alliances stratégiques.
Et pourtant, d’autres éléments montrent l’intérêt et l’importance de développer une stratégie d’adaptation à l’échelle régionale. De plus, les aléas que nous connaissons aujourd’hui risquent de se multiplier et de s’intensifier et que d’autres pourraient apparaître.
Une fragilité « naturelle » et partagée, qui peut se révéler être un atout
En raison de leur situation géographique et de leurs spécificités environnementales, économiques et sociales, tous nos états insulaires sont des espaces petits et isolés, à fort taux d’endémisme, ce qui les rend plus fragiles aux agressions extérieures, naturelles, climatiques ou anthropiques. Cependant, ils ont de facto un rôle de « sentinelle » climatique, notamment pour la biodiversité. Toutefois, ces particularités peuvent leur permettre en retour d’être des « laboratoires » de réflexion et d’action pour comprendre les conséquences des changements climatiques, pour évaluer la pertinence des réponses mises en œuvre, dans des pas de temps assez rapides.
Une fraction importante de populations démunies ou qui risquent de le devenir
Isolément ou communément, les aléas ont/auront une incidence catastrophique et durable sur les conditions de vie des populations démunies des pays de la COI. Il y a un risque qu’ils contribuent à leur paupérisation voire à la paupérisation d’autres classes de population et par extension à la paupérisation de nos sociétés insulaires. Il deviendra notamment important de s’adapter à des situations de restriction, voire de pénurie de ressources, ponctuelles ou durables selon les territoires, et de ne plus réfléchir les modèles de développement sur une base de disponibilité illimitée des ressources.
Une communauté de priorités vis-à-vis des secteurs économiques à protéger
Tous les pays membres de la COI ont exprimé la même vision des priorités vis-à-vis de la lutte contre le changement climatique. Les principaux secteurs concernés sont: alimentation (agriculture et pêche), gestion de l’eau, environnement, santé, et le tourisme.
Le « faible » poids politique des pays de la COI, lorsqu’ils sont isolés
Les pays comprennent de plus en plus clairement l’intérêt de se regrouper. En présentant une vision commune et régionale, une stratégie, en parlant « d’une seule voix », ils seront plus « visibles » auprès des instances internationales traitant de la question du changement climatique, et il pourront mieux capter les moyens dédiés à la lutte par les bailleurs de fonds. D’autant que le poids économique de la région COI est loin d’être négligeable.
PRINCIPES ET VALEURS DE LA STRATEGIE
Ils définissent le cadre d’engagement des pays membres de la COI dans une stratégie d’adaptation au changement climatique à l’échelle régionale.
Les principes
Un certain nombre de principes prévalent à la préfiguration de la stratégie régionale d’adaptation :
- La stratégie régionale doit être subsidiaire des politiques nationales.
- Comme il est parfois « théorique » de vouloir les scinder les deux, la stratégie conciliera autant que possible atténuation et adaptation.
- Le champ de la stratégie est régional et par conséquent elle traitera de sujets dont l’investigation (connaître pour comprendre) ou bien les réponses d’adaptations s’inscrivent dans un périmètre géographique régional. C’est le cas notamment pour: données climatiques (production, suivi, exploitation, modélisation), biodiversité du milieu marin, santé publique, agriculture pêche et sécurité alimentaire.
- L’espace COI étant en continuité des espaces voisins, la stratégie veillera à créer, maintenir, développer les interactions et réseaux d’échanges avec ces espaces.
- La formulation de la stratégie résulte du processus suivant: connaître pour comprendre, comprendre pour décider, décider (planifier programmer financer) pour agir, agir pour améliorer (suivre, évaluer).
Les valeurs et engagements
Pour conduire cette stratégie vers les finalités communes de développement durable, les pays membres de la COI devront êtres solidaires, prioriser les populations les plus fragilisées, travailler leur visibilité et leur légitimité auprès des instances internationales afin de mobiliser des ressources sur cet espace insulaire ouest indien.
En retour, la stratégie climatique régionale garantira la performance des politiques publiques « climat » environnementales régionales et appuiera les stratégies nationales dans leur mise en œuvre et dans l’atteinte des objectifs environnementaux. C’est pourquoi elle doit être à la fois ambitieuse, réaliste, et s’appuyer sur l’intelligence des systèmes…
LES ORIENTATIONS DE LA STRATEGIE
L’action régionale se développera autour d’orientations structurantes, transversales et sectorielles.
Les orientations structurantes
Elles façonneront l’action régionale autour d’une gouvernance climatique régionale, amélioreront la connaissance / compréhension / aide à la décision, assureront un suivi / évaluation des politiques publiques pour ajuster/améliorer et rendre compte, amélioreront / développeront la visibilité de l’espace COI dans les instances internationales.
Les orientations transversales
Elles concernent l’ensemble des secteurs (impactés) et s’exerceront via des pôles de ressources et des missions d’appuis entre pays.
- Comprendre les enjeux régionaux afin d’exploiter ou de diffuser des informations qui pallieront aux manques actuels dans les domaines de la climatologie, ses aléas et impacts, y compris via la mise en place d’études locales d’impact et de vulnérabilités.
- Coordonner les actions entre tous les acteurs (Etat, ONG, Chercheurs, etc.)afin de faciliter l’engagement de la société civile et des organisations non-gouvernementales dans la prise de décision, l’éducation, la sensibilisation ; de mieux gérer les ressources humaines disponibles.
- Renforcer les capacités institutionnelles et les connaissances afin de supporter les autorités publiques lors de l’intégration du changement climatique dans les politiques nationales, leur mise en œuvre et leur suivi.
- Réaliser des études techniques, de vulnérabilités et d’impact, pour pallier l’absence de données statistiques fiables sur climatologie et les effets des aléas, mais aussi sur la biodiversité terrestre, de pallier l’insuffisance des observations et leur qualité, en relation avec la vulnérabilité des différents secteurs, d’augmenter le niveau des connaissances scientifiques.
- Développer une capacité de prévision/anticipation qui intègre le CC, pour produire des prévisions climatiques à l’échelle de chaque île (modélisation), pour connaître comprendre et suivre les effets des aléas climatiques pour ces îles, pour sensibiliser et conscientiser les décideurs politiques, pour mettre à jour les plans nationaux de développement et les stratégies. Cette tâche pourrait être dévolue à une institution commune, ce qui favoriserait en retour une coopération plus rapprochée entre les membres.
- Prendre en compte le dimensionnement socio-économique des mesures pour la mise en œuvre des actions
- Favoriser l'accès au financement, via un support au plaidoyer des membres et l’adoption d’une politique cohérente concernant l’agriculture, la santé, les ressources marines, à l'échelle régionale.
- Renforcer la coopération régionale en facilitant la prise de conscience des décideurs, l’échange des données et des informations, la réalisation de projets pilotes, démonstrateurs, et actions ayant valeur d'exemples et force d'entrainement.
- Soutenir le développement de la gestion des déchets (santé publique, environnement).
Les orientations sectorielles
Elles concernent les six secteurs d’activités retenus comme prioritaires et hiérarchisés pour le passage à l’action.
- Gestion intégrée des ressources en eau
- Préservation de l'environnement (terrestre, côtier, matin)
- Planification, gestion des risques, infrastructures et urbanisme
- Agriculture et sécurité alimentaire
- Pêche (sécurité alimentaire et développement local)
- Santé publique, maladies à vecteurs
- Gestion intégrée des ressources en eau
- Développer une consommation raisonnée de l'eau potable en quantité et qualité
- Concevoir des outils d'information/sensibilisation des populations, sur la consommation d'eau potable en cas d'épisode climatique
- Développer et diffuser des outils présentant les solutions pour la récupération des eaux, réutilisation des eaux de pluies
- Partager expériences et bonnes pratiques
- Rationaliser la gestion de l’eau
- Préservation de l'environnement (terrestre, côtier, marin)
- Planification, gestion des risques, infrastructures et urbanisme
- Développer et partager les approches de gestion intégrée des zones côtières/ GIZC
- Suivre les initiatives de protection physique des côtes (digues) pour apprécier l'efficience dans le temps des projets pilotes (rapport cout/efficacité en intégrant la maintenance) et les incidences sur l'environnement (zones adjacentes)
- Développer et partager les approches de gestion intégrée des zones côtières/ GIZC
- Développer et partager les outils techniques de connaissances et compréhension des risques (modélisation…) entre les membres de la COI
- Renforcer les capacités des décideurs sur la gestion des zones côtières (ne pas concentrer les infrastructures sur le littoral)
- Agriculture et sécurité alimentaire
- Capitaliser et diffuser les bonnes pratiques agricoles et les solutions d'adaptation qui sont transposables aux autres pays de l'Océan Indien
- Développer une stratégie commune sur l'approvisionnement et le stockage des denrées alimentaires essentielles (céréales) pour réguler les risques de pénurie ou de rupture d'approvisionnement, de flambée des cours des matières premières agricoles.
- Développer la recherche agronomique pour diversifier et adapter les cultures et l'élevage en milieu insulaire tropical
- Mettre en place un schéma d'assurance régionale, micro crédits pour l'accès au petit matériel
- Mise en place de réseaux de collaboration, échanges de pratiques, échanges de personnes ressources, en lien avec les programmes de recherche adaptation des cultures et des modes de cultures adaptés aux effets du CC
- Pêche (sécurité alimentaire et développement local)
- Renforcer les connaissances des effets du CC sur les populations de poissons et leur cycle de vie à l'échelle Ouest Océan Indien
- Appuyer la structuration de la filière et la formation des pêcheurs à une activité raisonnée,
- Rechercher et promouvoir des alternatives, diversification, pour assurer la subsistance des populations et des activités économiques locales : DCP, ferme aquacole,…
- Préserver les zones côtières (habitats et espèces marines côtières)
- Partager les expériences de maricultures, diffuser les bonnes pratiques, favoriser les échanges.
- Mettre en place un schéma d'assurance régionale, micro crédits pour l'accès au petit matériel, équipement pour démarrer une activité alternative
- Santé publique, maladies à vecteurs
- Concevoir des outils d'information/sensibilisation des populations, sur la consommation d'eau potable en cas d'épisode climatique et extrêmes (inondation, sécheresse) sur les risques liés à l'eau / qualité.
- Développer le partage d'information à l'échelle régionale
- Mettre en place un système d'alerte / santé publique (épidémies) à l'échelle régionale en cas de contamination (arbovirose): notamment pour identifier les sources et prévenir les risques d'épidémies à l'échelle régionale Afrique orientale/ouest Océan indien
- Mettre en place une banque de médicaments à l'échelle régionale pour intervenir en amont des risques épidémiques en lien avec épisode climatique.
- Développer la recherche sur les liens entre santé et CC (notamment arboviroses). Devenir un centre d'excellence des maladies à vecteur, pour la santé publique à l'échelle des états insulaire de l'OI.
- Suivre et anticiper au niveau régional les risques épidémiques en lien avec les déplacements des personnes sur la région (intra région COI et venant de l’extérieur notamment de l’Afrique)
- Renforcer le système de veille, le système d’alerte climatique et organiser des plans d’urgences sanitaires en cas de risque épidémique à l’échelle régionale.
- Sensibiliser les populations sur la suppression des gites larvaires (eau stagnantes) dans leur entourage (ramassage des ordures et macro déchets qui sont des gites larvaires, moustiquaires..) et partager les expériences.
- Enjeu régional en lien avec la corne de l’Afrique : dépister et contenir les risques de contamination en provenance de l’Afrique entrant par les Comores (pour les hommes comme pour le bétail) et pouvant se propager sur l’ouest de l’Océan indien.
- Informer et agir en concertation avec les pays de la COI.
- Accompagner le renforcement des capacités des décideurs et services locaux
- Partager des données et de la technologie à l'échelle de la COI
- Création et animation d'une Agence de la santé régionale
Les éléments suivant peuvent constituer une préfiguration des grandes composantes à mettre en œuvre dans le cadre d’un programme Acclimate 2, au travers de dispositifs ou de centres/pôles de ressources à constituer (et dans le respect du processus connaître/comprendre/décider/agir/évaluer) :
Observatoire régional du changement climatique
La finalité est de produire des informations permettant une meilleure compréhension et des modèles de prévision des effets du changement climatique, à l’échelle régionale OI, nationale, et locale, dont pourront bénéficier a minima les pays membres de la COI.
Centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique
La finalité est de disposer des ressources ad hoc pour mettre en œuvre les actions, en favorisant les ressources existantes ou émergentes et la synergie avec les projets et actions intervenants sur tout ou partie du périmètre de la COI, tout en évitant de créer un dispositif additionnel parfois redondant.
Pôle d’information et de documentation et de communication
La finalité est de mener une veille internationale sur la culture post carbone, le climat, les changements climatiques, les stratégies des PEID, les communications CC, etc. Mais également d’assurer la sensibilisation des différentes cibles (décideurs, acteurs, bénéficiaires, parties prenantes) de capitaliser et de communiquer sur les actions, les résultats et la diffusion des bonnes pratiques.
Centre de conseils/expertises et de formation pour les décideurs publics et privés
Centre d’essai et de démonstration
La finalité est d’expérimenter des solutions alternatives, à l’échelle de la région ou de plusieurs décideurs locaux, mais aussi d’exposition et de promouvoir les initiatives conduites et abouties.
DE LA STRATEGIE AUX PLANS D'ACTIONS REGIONAUX: FEUILLE DE ROUTE
Le document livré par Asconit-Pareto est une ébauche de stratégie régionale d’adaptation.
Pour passer à un plan d’action permettant le passage effectif à l’action, Asconit-Pareto propose les étapes suivantes:
Le document exposé ci-dessous réclame un important travail d’appropriation de la part des pays et parties prenantes.
Ces derniers doivent tout d’abord s’approprier les rapports nationaux de vulnérabilités, qui constituent une situation de référence pour chaque pays et leur permettent d’échanger sur les bases d’analyses communes de leurs enjeux au regard de l’adaptation au changement climatique.
Ils doivent poursuivre avec l’ébauche de stratégie, et les hypothèses de travail et principes sur lesquels elle se base.
| Document(s) lié(s) | Taille |
|---|---|
| Rapport final de phase 3: Ebauche de stratégie régionale d'Adaptation au CC pour les Etats membres de la COI (PDF, 2.3 MB). | 2.34 MB |
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