Kenya | « Carbon for Water » : un projet novateur et un documentaire primé à Toronto

Lancé en avril 2011 dans l’ouest du Kenya, ce projet novateur et exemplaire à plus d'un titre a séduit les cinéastes américains Evan et Carmen Abramson, qui ont réalisé un court-métrage documentaire de 21 minutes. Ce dernier a remporté le 16 octobre 2011 le prix du « Best International Short Film » au festival du film « Planet In Focus » de Toronto.
L’ouest du Kenya fait face à une sévère crise sanitaire et environnementale. Les cours d’eau, pollués par les rejets liés aux activités humaines, constituent la principale source d'approvisionnement en eau pour les populations locales, bien qu’elle soit impropre à la consommation et à l’origine de nombreux cas de maladies mortelles. Pour pouvoir la consommer, les habitants de la région sont donc amenés à couper d’importantes quantités de bois pour faire du feu et la faire bouillir. La déforestation devient ainsi un enjeu environnemental majeur, qui contribue à la diminution des précipitations et, de là, à rendre l'accès à l’eau encore plus difficile.
De plus, la combustion du bois dans les foyers est à l’origine de graves problèmes sanitaires causés par l’inhalation de fumée, sans compter ceux causés par de mauvaises conditions de stockage de l’eau. Beaucoup d’enfants, souvent chargés d’aller chercher du bois, ne se rendent plus à l’école.
C’est ce cercle vicieux, causé par l’enchainement complexe de ces facteurs sociaux et environnementaux, que le projet « Carbon for Water » a voulu briser. L’entreprise européenne Vestergaard Frandsen a versé 25 millions US$ dans ce programme pour distribuer et assurer la maintenance de filtres à eau à usage domestique à destination de 90% des foyers de la région. Très simples d'utilisation, ces appareils portatifs permettent de consommer l’eau filtrée sans avoir à la faire bouillir.
Dans le documentaire d'Evan et Carmen (Elsa Lopez) Abramson, des bénéficiaires livrent leur témoignage sur l’impact sanitaire et environnemental du manque d’accès à l’eau potable et les changements apportés dans leur vie quotidienne grâce au projet « Carbon for Water ». Pas moins de 900 000 filtres à eau ont été distribués, bénéficiant à 4,5 millions d’individus. Lancée en avril 2011, la campagne a impliqué 4000 travailleurs sanitaires et 4000 chauffeurs durant cinq semaines. En quelques jours à peine, une réduction du nombre de cas de typhoïde avait déjà été notée.
Le coût de production de ces filtres, 20 US$ l’unité, a été intégralement financé grâce aux crédits carbone sur le marché international. Chaque filtre peut produire au moins 18 000 litres d’eau potable, ce qui peut répondre aux besoins d’une famille moyenne pendant 3 à 5 ans. Dans la mesure où la société Vestergaard Frandsen n’est payée qu’à la hauteur des réductions d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle occasionne, elle a tout intérêt à réinvestir ses revenus dans le programme afin de maintenir en état ou de remplacer ces filtres, sur une durée de 10 ans, et d’apporter son soutien aux populations pour garantir une utilisation adéquate de ces équipements.
Plus vaste programme de traitement d’eau financé sur le marché des crédits carbone qui ait jamais été mis en place dans un pays en développement, ce projet devrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 2 millions de tonnes par an, sur une durée de 10 ans. Plusieurs milliers de Kenyans ont travaillé à sa mise en place, parmi lesquels plusieurs centaines continueront d’être employées chaque année pour en assurer le suivi, dispenser des actions éducatives et de maintenance.
Le documentaire est présenté cette semaine (24 octobre 2011) à Genève en Suisse devant le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et diverses Organisations non gouvernementales afin de promouvoir ce type de projet, pour qu’il puisse être dupliqué ailleurs dans le monde, et de plaider en faveur du renouvellement des mesures relatives au marché du carbone comprises dans le protocole de Kyoto.
Alors qu’environ 1,2 milliard d’individus font face à une pénurie d’eau chronique, principalement dans les pays en développement, ce type de projet pourrait améliorer considérablement leurs conditions de vie tout en influant positivement sur la conservation de l’environnement et l’atténuation du changement climatique.
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