Les filières agricoles victimes du réchauffement planétaire

La Grande île subit le changement climatique. Cette année, plusieurs filières ont souffert de la faible pluviométrie. L'une des plus importantes est celle du litchi.
Si Madagascar s'est promis d'améliorer la qualité des produits exportés, le réchauffement planétaire a décidé autrement. Peu de produits ont atteint les calibres exigés par les importateurs, et même les planteurs qui ont pratiqué une irrigation n'ont pas amélioré la grosseur des fruits.
« Nous avons tous constaté que peu de litchis ont atteint la norme éxigée par le marché international au niveau du calibrage. Pour notre cas, nous avons effectué de l'irrigation et malgré cela, nous étions loin de notre objectif », indique Faly Rasamimanana, l'un de plus grands exportateurs de litchi de Madagascar.
Il a aussi expliqué que normalement avec l'irrigation, tous les produits devaient atteindre le goût et la grosseur requis. Or cette année avec la chaleur trop élevée, « la qualité du produit est mauvaise par rapport à celui de l'année dernière ».
Outre le litchi, la filière riz et les cultures fourragères ont aussi subi le changement climatique. Que ce soit le système agricole moderne ou celui traditionnel, tous ont été concernés. Comme conséquences, il y a eu le chamboulement du calendrier agricole et l'insuffisance de la production, engendrant une hausse de prix.
Avec la baisse du pouvoir d'achat de la population, le pire est à craindre si jamais une pénurie arrive. Or, vu l'état actuel de la situation, ce n'est plus qu'une question de temps.
Mesures d'accompagnement
Une étude réalisée par le projet ACCA Madagascar a d'ailleurs confirmé cette probabilité. Le rapport stipule, par exemple, que « les agriculteurs de la région Alaotra-Mangoro ont constaté l'apparition de plus en plus fréquente de séquences sèches (7 à 20 jours) en pleine saison de pluie. Plusieurs périmètres et cours d'eau de la plaine sont actuellement victimes d'un fort envasement ». Plus grave encore, l'étude mentionne que « le premier grenier à riz de Madagascar risque de se vider ».
Pour la région Analanjorofo, Lilia Rabeharisoa, le chef du projet ACCA, révèle que « la culture de giroflier qui constituait jadis la principale source de revenu des paysans est actuellement sérieusement dégradée à cause des cyclones, et avec le changement climatique leur nombre ainsi que leur puissance risquent de s'intensifier ».
D'autre part, le classement réalisé par le cabinet d'analyse des risques Mapplecroft mentionne que « les habitants du Bangladesh, de l'Inde et de Madagascar seront les plus durement frappés par le changement climatique dans les 30 ans à venir ». La Grande Ile est ainsi le troisième pays le plus vulnérable dans le monde sur la question.
Face à tout cela, Faly Rasamimanana, qui est aussi membre de l'ONG Harena Sahaza, préconise une grande mobilisation nationale.
« Ce n'est plus l'heure de subir mais d'anticiper. Ce n'est pas la peine de continuer à faire des efforts d'exportation si la qualité reste médiocre. Et même si nous procédons à l'irrigation de tous les produits d'exportation, cela augmentera les dépenses et nos prix ne seront pas compétitifs », fait-il remarquer.
Ainsi comme solution, Faly Rasamimanana propose « la mise en place d'une structure de mesures d'accompagnement entre plusieurs ministères ». Il estime que seul le développement intégré peut arrêter les pratiques destructives pour l'environnement.
La structure devrait surtout réunir le «ministère de l'Agriculture pour la recherche des semences compatibles au changement, le ministère de l'Eau pour les barrages, le ministère du Commerce pour la qualité des produits et bien sur le ministère de l'Environnement».
Atténuer les impacts
Interrogé sur la question, le secrétaire général du ministère de l'Environnement, Bernard Ignace Ramarokoto, a annoncé que des mesures sont déjà prises afin d'atténuer les impacts du changement climatique chez les Malgaches.
Pour le long terme, il y a par exemple le reboisement à grande echelle, et une politique pour la gestion de l'eau est aussi prévue pendant la période des pluies.
Mais Madagascar compte surtout sur les 30 milliards de dollars de fonds précoces, à verser avant 2012 par les pays développés en guise de gage de bonne volonté. La Grande île fait en effet partie des bénéficiaires potentiels de cette aide.
Bernard Ignace Ramarokoto énonce qu'il sera surtout question d'investissement dans le secteur agricole pour que les Malgaches ne souffrent de pénurie alimentaire.
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