Madagascar fait face à son « extrême » vulnérabilité au changement climatique

Acclimate propose ici la traduction de certains extraits de l’article original de Laurie Goering, rédactrice en chef de la section "Changement climatique" du réseau en ligne Alertnet.
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Si, comme l’estiment de nombreux experts, le changement climatique accentue la vulnérabilité des populations les plus vulnérables, Madagascar doit s’attendre à faire face à de sérieux problèmes.
Plus de 76% de la population de cette nation insulaire vit dans des conditions de pauvreté, seulement la moitié dispose d’un accès aux services de santé et un quart à l’énergie électrique. La croissance démographique atteint 3,3% – l’une des plus élevées du globe – et les célèbres plantes et animaux uniques au monde tendent à disparaître rapidement sous la pression des nouvelles générations d’agriculteurs, accablés par leurs conditions de subsistance, qui étendent leurs terres agricoles sur les forêts et les montagnes les plus reculées pour survivre.
Pire encore, la crise politique qui sévit depuis mars 2009 et les fréquents changements de gouvernement font de la lutte contre les problèmes actuels du pays un véritable défi, ce qui est d’autant plus vrai pour les problèmes à venir. « Nous sommes dans la pauvreté extrême », admet Julien Noël Rakotoarisoa, le directeur général des Forêts, rencontré à Durban lors de la Conférence des Nations unies sur le Climat.
Maplecroft, une société internationale d’analyse des risques, place Madagascar [ NdlR - à la 5e place sur la carte mondiale d’évaluation de la vulnérabilité au changement climatique (voir la carte ci-dessous), soit juste derrière le Sierra Leone, le Zimbabwe, le Bangladesh et Haïti.] Selon Julien Noël Rakotoarisoa, Madagascar se situerait même en 3e position, après le Bangladesh et l’Inde, toujours d’après la même source. 
Néanmoins, selon plusieurs représentants du gouvernement et de la société civile rencontrés à Durban, le pays fournit d’importants efforts pour se préparer aux effets attendus du changement climatique – en particulier l’aggravation des épisodes de pénurie alimentaire, les sécheresses et l’intensification des cyclones – comme la restructuration des politiques publiques, l’intégration au sein des ministères publics, la collecte de davantage de données, l’amélioration des systèmes d’alerte, l’adaptation des pratiques agricoles la construction d’infrastructures plus résistantes.
Une opportunité pour mobiliser
Le changement climatique « est un défi gigantesque », déclarait Tiana Ramahaleo, un expert en conservation de la Nature et planification pour le compte du WWF (World Wildlife Fund) à Madagascar. « Mais on n’a jamais vu une telle mobilisation. Nous voyons le changement climatique comme une opportunité pour rassembler les individus».
Madagascar s’attend à se heurter à des problèmes bien plus vastes qu’auparavant avec le changement du climat. Le pays a déjà assisté à une hausse constante des températures moyennes depuis les années 1950, ce qui correspond actuellement à une augmentation des températures qui se situe entre 0,2 et 0,4 °C, précise Tiana Ramahaleo.
Depuis les années 1980, poursuit-il, les cyclones frappent régulièrement le pays, mais depuis 1994 ils sont de plus en plus fréquents et violents, avec des vents dépassant souvent les 150 km/h. Et les modèles climatiques permettent de penser que les tempêtes vont gagner en intensité et que les cyclones vont avoir tendance à frapper plus au Nord, dans des régions de l’île précédemment épargnées.
La déforestation et l’aggravation des sécheresses ont provoqué l’assèchement de sources, affectant la production hydroélectrique et les cultures. En 2010, explique Tiana Ramahaleo, une grave sécheresse dans le Sud du pays a anéanti la production de riz de 60%. Et en 2011, le manque de pluies a occasionné des coupures de courant quotidiennes dans la capitale, Antananarivo.
Les périodes sèches, entre deux épisodes de pluies, ont tendance à s’allonger, passant d’une moyenne de 20 à 40 jours, précise notre interlocuteur, aux dépends des agriculteurs, dont certains sont amenés à se déplacer vers les forêts et à abattre des arbres pour accéder à des portions de terres plus fertiles.
De même, les pêcheurs qui utilisent de petites embarcations luttent contre les alizés qui soufflent de plus en plus fort, durant 8 mois par an dans certaines régions de l’île, soit 2 à 3 mois de plus qu’il y a quelques décennies.
« Le changement climatique fait déjà des ravages dans plusieurs secteurs, et en particulier sur les moyens de subsistance de la population », affirme Tiana Ramahaleo. « Les agriculteurs sont durement touchés… (et) il est très difficile pour les pêcheurs de continuer à exercer leur activité.»
Les problèmes de santé sont également en hausse, notamment du fait que l’augmentation des températures a tendance à déplacer les risques de paludisme vers le haut plateau, où se trouve la capitale – alors qu’elle était largement exemptée du paludisme – mais aussi d’autres infections telles que la fièvre de la Vallée du Rift et le Chikungunya.
« Le changement climatique est une réalité à Madagascar, et nous devons y faire face », insiste notre interlocuteur.
Culture sans labours, semences résistantes
En réponse, l’Etat Malgache, appuyé par un certain nombre de structures non-gouvernementales, incluant le WWF, est en train de prendre des mesures pour essayer de réduire les impacts. En 2010, il a adopté une nouvelle politique nationale sur le changement climatique et développé, pour la première fois, une stratégie ministérielle pour adapter l’agriculture à la nouvelle donne.
Actuellement, le gouvernement promeut (pour l’instant sur la base d’un projet pilote) des techniques agricoles dites de conservation, c’est-à-dire sans labours (ou le moins possible), afin de préserver les sols et l’humidité captée par ces derniers. Une initiative qui prend tout son sens quand on sait que le pays est particulièrement exposé aux risques d’érosion. De nouveaux systèmes d’intensification de la riziculture sont également mis en pratique, en vue d’obtenir des rendements plus de deux fois supérieurs à ceux actuels, sur environ 112 000 hectares, soit 10% des terres consacrées à la riziculture, explique Tiana Ramahaleo. Les agriculteurs, poursuit-il, testent aussi des semences plus résistantes aux sécheresses et aux inondations, et plantent des arbres pour stabiliser les sols et la pluviométrie.
Il s’agit là d’enjeux majeurs. Les projections nationales indiquent que la culture du riz, la denrée de base, ne sera plus viable d’ici 2080 dans la plupart des pays, alors que d’autres cultures telles que la patate douce, la canne à sucre ou la vanille pourraient être plus avantagées.
Madagascar travaille également à augmenter le nombre des stations de collecte de données météorologiques à travers le pays. Alors qu’on en comptait environ un millier en 1960, à la fin de la colonialisation française, elles ne sont aujourd’hui qu’une cinquantaine. L’Etat veut aussi assurer le partage des données entre les ministères en charge de la gestion des catastrophes naturelles, de la désertification, de l’eau, de l’agriculture et d’autres secteurs concernés.
Dans certaines régions, en particulier à l’Est, dans la région de Mananjary, le pays connait déjà des progrès significatifs en matière de réduction des risques, grâce aux efforts fournis pour améliorer la qualité des infrastructures. Tandis que le cyclone Ivan, en 2007, y avait causé la mort de 11 personnes, le cyclone Hubert en 2010 n’a fait aucune victime, précise Tiana Ramahaleo.
Le gouvernement entend désormais s’appuyer sur cette expérience en améliorant les systèmes d’alertes diffusés par radio ainsi que les règles de construction de logements. Il espère aussi pouvoir générer des revenus sur le marché du carbone, en protégeant les forêts et en préservant notamment la forêt dans la région de Makira, au nord-est, caractérisée par sa prodigieuse biodiversité.
De plus, il fonde de sérieux espoirs sur le potentiel de l’énergie solaire – le pays jouit de trois heures de soleil de plus que l’Europe – et de l’énergie hydroélectrique. Pour l’heure, indique Julien Noël Rakotoarisoa, le pays n’utilise que 1,3% de son potentiel hydroélectrique.
Selon divers experts, le défi consistera à trouver des financements, pour pouvoir multiplier les nombreuses petites initiatives pionnières. « Nous sommes des spécialistes dans le montage de projets pilotes », témoigne Tiana Ramahaleo. « Ce dont nous avons besoin désormais, c’est de les mettre en œuvre à grande échelle ».
Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’une série soutenue par le Climate and Development Knowledge Network.
Pour approfondir, voir aussi l'étude de vulnérabilité de Madagascar aux impacts du changement climatique, commandée par le projet Acclimate (COI) et réalisée en 2011 par le bureau d'études Asconit-Pareto.
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